FOCUS – Bordeaux, comme un futur grand

Crédits photo : Guillaume Bonnaud

Le ciel n’a jamais été aussi ensoleillé Place de la Bourse, à Bordeaux. En brisant une série de quatre défaites de suite face au Castres Olympique dans leur jardin de Chaban-Delmas (victoire 26-24), l’UBB s’affirme plus que jamais en patron du Top 14 avec huit points d’avance sur le dauphin lyonnais. Meilleure attaque, deuxième meilleure défense, du jeu, du mental, ce Bordeaux-là pourrait bien être le grand cru de l’année 2020.

Retournons dans le passé. Chaque année ou presque, les Girondins calquaient leur saison sur la précédente avec une entame de championnat tambours battants qui finissait toujours sans résonance, en dehors des sacro-saintes places du « Top 6 ». Frustrant. Mais depuis la remontée des bordelais dans l’Élite en 2011, le club s’est développé notamment en changeant de stade définitivement en 2015. Fini le stade André-Moga et ses 9000 sièges, place au Chaban-Delmas avec des matchs à plus de 34 000 spectateurs. Le président Laurent Marti comprend très vite qu’il faut attirer l’œil sur la capitale girondine la même année. Les stars australiennes Adam Ashley-Cooper et Sekope Kepu débarquent, le prometteur Loann Goujon renforce la troisième ligne, Emile Ntamack devient entraîneur des arrières. Avec ces transferts XXL, Bordeaux doit aller en phases finales au printemps 2016. Encore manqué. La maudite septième place s’accroche aux crampons grenats dans une saison où les stars annoncées décevront, notamment à cause de l’impact de la Coupe du monde perdue par les Wallabies Kepu et Ashley-Cooper. Entre 2016 et 2019, l’Union naviguera entre la neuvième et la onzième place, avec toujours la même frustration de produire un jeu séduisant mais de livrer des saisons inconstantes. Et pour que le navire bordelais ne chavire pas, il fallait un nouveau capitaine.

Chistophe Urios pour changer de cap

On dit souvent qu’il faut saisir une opportunité quand elle se présente sur un plateau. Après ces années d’inconstance, Bordeaux doit à nouveau frapper fort et acquérir un entraîneur disruptif. A l’aube des phases finales 2019, tous les cadors du championnat ont verrouillé leurs architectes, sauf le Castres Olympique et son gourou Christophe Urios qui partira libre à la fin de la saison. L’UBB fait tapis et signe celui qui a amené le CO au Brennus en 2018. Souvent jugée trop lisse, l’Union veut casser les codes avec un manager réputé pour ses méthodes basées sur l’affect et la rigueur. Quel meilleur choix se présentait à Laurent Marti ? « Le jeu c’est bien, les victoires c’est mieux » . Ainsi cette expression devait-elle trotter dans la tête du président bordelais au moment du pari Urios. Finie l’instabilité des trois dernières années, l’imposant entraîneur s’est engagé quatre ans en Gironde avec l’objectif de rejoindre les phases finales… ou plus ?

Le changement fut radical. Les sceptiques pouvaient être inquiets d’une baisse de niveau de jeu de l’Union guidée par celui qui avait fait de Castres, une équipe hargneuse, guerrière mais peu enclin à déployer du jeu. Des inquiétudes balayées d’un revers de main dès le début du championnat avec quatre victoires autoritaires à plus de trente points. Bordeaux s’installait à la première place du Top 14 avec Lyon, une place toujours confortée semaine après semaine. La force d’Urios est de transcender ses joueurs et les faire atteindre leur plein potentiel. Rappelons nous de l’arrière castrais Julien Dumora, brillant en finale du Top 14 cuvée 2018, ou de la pleine maîtrise de la charnière diabolique Rory Kockott-Benjamin Urdapilleta. A Chaban-Delmas, le public bordelais se régale du brûlant Semi Radradra, de la jeunesse virevoltante symbolisée par Geoffrey Cros ou Mathieu Jallibert, ou enfin de la puissance de Cameron Woki et Mahamadou Diaby. Dans les joueurs cités, aucune recrue. Tous étaient présents la saison dernière au moins. En un an, la mue est spectaculaire pour des joueurs qui adhèrent parfaitement à la méthode Urios.

Mais comme on l’a dit « le jeu c’est bien, les victoires c’est mieux ». Et sans défense, difficile de valider l’équation. Car si les Girondins marquent en moyenne 29 points par rencontre, leur solidité défensive se révèle être une muraille avec une moyenne de 18 points encaissés. L’an passé, Bordeaux se classait en 12e position des meilleures défenses. Tel est le changement fondamental qui permet aujourd’hui au club de prétendre sérieusement non plus aux top 6 mais bien à la place de leader du Top 14. Par la défense et une nouvelle approche mentale, les joueurs bordelais sont aujourd’hui pris au sérieux pour le plus grand plaisir de leur malicieux entraîneur. En symbole de ce changement de statut, plusieurs matchs références sont à mettre au crédit des hommes d’Urios. Quatre victoires en patron face à Clermont et Castres et une prestation impressionnante dans l’antre du Racing (30-34) ont rendu l’équipe beaucoup plus menaçante que par le passé face aux « gros poissons » du championnat. Chahutés en première mi-temps à Clermont et durant plus de soixante minutes face au CO, Bordeaux est à chaque fois parvenu à sortir vainqueur des dernières rencontres. En tout point, la différence au classement se fait ressentir autant que la différence d’état d’esprit.

Non, l’UBB n’est plus l’équipe qui fait pschit quand on l’attend, elle n’est pas l’équipe qui a « seulement » profité de la Coupe du monde pour prendre de l’avance sur les ténors. Cette année, il faudra compter sur un Bordeaux au potentiel de millésime.

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