Clermont c’est comme le méchant de James Bond : le scénario change mais la fin reste la même, il perd. Terrorisée à l’idée de gagner un titre de champion de France pendant presque un siècle, l’ASM se la joue rebelle et découvre l’extase d’une première fois le 29 mai 2010. C’était il y a dix ans.
Normalement, personne n’est assez fou pour avoir envie d’aller une quatrième fois en finale de Top 14 après trois défaites d’affilée. Et bien Clermont aime ça visiblement. Autour de Vern Cotter, la fatigue mentale et physique commence à user les plus anciens du groupe. Alexandre Audebert, Julien Bonnaire, Thibault Privat sentent peut-être qu’ils ont laissé passer leur dernière chance de sacre face à Perpignan en juin 2009. Pierre Mignoni, taulier du groupe est parti à Toulon, il faut un déclic, de la fraîcheur, pour retourner au combat. Pas de stars mais un tout jeune espoir en la personne de Morgan Parra qui débarque depuis Bourgoin avec ses vingt ans mais sans pression. Effectif stable, staff inchangé, allez on retourne à la bataille. Parra s’installe déjà au poste de numéro 9 et harangue son pack vieillissant comme un caporal sur ses recrues. Le gamin est en plus bon buteur, décidément, quelle insolence. Habituée à être première ou seconde du Top 14, l’ASM livre quelques prestations décevantes et lâche des points, mais fait le travail quand il est nécessaire. En finissant 3e, Clermont n’est pas encore en demi-finales. La saison 2009-10 est la première saison des barrages. Une belle invention n’est-ce pas ? Face au Racing, promu cette année-là, l’ASM a tout à perdre.
Chabal, Nallet, Steyn… Ce Racing-là n’a rien d’un promu classique et à tout d’un match piège. Surprise, c’est le cas. Domination outrageuse mais stérile de Clermont en première mi-temps, la sanction tombe à deux minutes du retour aux vestiaires : essai des Ciel et Blanc. Le Racing entame la seconde mi-temps avec un point de retard (6-5) mais est déchaîné face à des Jaunards amorphes déjà sans solution à la reprise. 62e minute, François Steyn croit avoir démolit les espoirs des supporters du stade Marcel-Michelin en claquant un drop de 55 mètres. 12-17, ça pique. Mais Morgan Parra se la joue chevalier héroïque. Il provoque une faute, puis un carton jaune sur Santiago Dellape, et fait péter un plomb à Pierre Berbizier, Simmon Manix et tout le club du Racing, en passant une pénalité au-dessus du poteau, à moitié à côté. 15-17, les Ciel et Blanc ont craqué mentalement et laisseront Parra planter deux coups de poignards pour envoyer la clique de Jonathan Wisniewski en vacances. Quand on vous dit que l’ASM avait tout à perdre. Finalement ça passe, quatrième demi-finale d’affilée pour Clermont, direction Saint-Étienne pour y affronter Toulon. Épique, héroïque, fabuleux, ce match est un film à lui tout seul : essai non-valable de Zirakashvili, Aurélien Rougerie prend un K.O de l’espace et ne se relève sans rien, Jonny Wilkinson enchaîne les pions pendant que Sonny Bill Williams est en mode All Blacks. 22-12 à dix minutes de la fin pour Clermont, c’est donc très logiquement que les Varois reviennent à 22-22. Les vieux démons reviennent et tout le monde se met à croire que Clermont sera encore trop court. Mais les Jaunards trouvent la blague tellement drôle qu’ils la refont en prolongations. Brock James s’amuse avec le vent et assène un drop des abysses pendant que Julien Malzieu traverse tout Saint-Étienne après un coup de pied de mammouth et aplati devant la tribune rouge et noire. 13 points d’avance, il reste six minutes à jouer. Ben non ? Ben si. Toulon revient encore et finit fort, la finale leur échappe d’un mètre après un plaquage du bout du monde de Gonzalo Canale à une minute de la fin. Clermont est sauvé et peut aller défendre sa place de finaliste éternel face à l’USAP.
Pour la première fois en 110 éditions de championnats de France, Clermont maîtrise la finale de A à Z. Pragmatiques, appliqués, infranchissables en défense, Jérôme Porical qui flanche au pied, Anthony Floch qui lâche un drop de 40 mètres, rien ne peut échapper à l’ASM. Sans trouille au ventre, les Clermontois découpent tout ce qui est Sang et Or jusqu’à la dernière action du match où même à 19-6, les hommes de Jacques Brunel sont torpillés jusque dans leur en-but. C’est fini, Clermont a son Graal. Toute l’Auvergne en larmes de joie, chacun savait que c’était l’année ou jamais. Désinhibée et affamée comme jamais, l’ASM fait de la finale 2010 son meilleur match des phases finales. Comme quoi, tout arrive.